Aujourd’hui, je suis rentrée, et un coin de ciel bleu s’est dégagé au-dessus de ma tête alors que je descendais la route du centre ville pour rentrer chez moi. Ce n’était pas grand-chose : tout juste une promesse d’une dizaine de minutes (grand maximum) de répit au milieu de toutes ces averses qui s’évertuent à tomber dru depuis quelques semaines, et qui se moquent bien des citadins déprimés… Eux regrettent l’impression fugace de l’arrivée des beaux jours qu’ils ont eue fin mars : une semaine de soleil et de chaleur... Et boum ! Arrive Avril avec ses 10° le matin, et ce n’est déjà plus qu’un vague souvenir.
Tout le week-end, il y a eu des éclaircies. Mais il m’a semblé qu’aucune n’avait été aussi audacieuse que celle-ci. Ou peut-être que si, et que c’est ma propre envie d’inactivité du dimanche qui m’a mis des œillères… En tout cas, au-dessus de ma tête, le ciel était bleu, et j’ai même eu trop chaud dans mon grand manteau.
Je suis arrivée chez moi bien trop tôt à mon goût. La musique de mon baladeur me donnait envie de profiter un peu de ce moment de répit, alors j’ai ouvert la porte d’entrée, jeté mon sac à l’intérieur, puis je me suis assise sur la terrasse encore humide pour… Pourquoi, en fait ? Aucune idée, et au fond, peu importe. Je me suis contentée de rester immobile sur la pierre, les yeux dans le vague pour savourer les rayons d’un soleil encore timide.
C’est drôle, il a tellement plu ces dernières semaines que j’ai l’impression que de la vase s’est formée au fond des petites flaques de la terrasse. Aux endroits où la pierre inégale laisse un creux, l’eau s’est installée, et ce n’est pas l’absence de ciel clair de ce mois d’avril qui l’en aura délogée. Pourtant, ça fait à peine cinq minutes que je suis assise, et voilà que la terrasse me paraît avoir déjà séché un peu… Ce n’est certainement pas de la vase, donc. Sans doute des cadavres des feuilles que le vent aura arrachées à leurs branches qui se sont décomposés avec l’humidité sans attendre l’autorisation du propriétaire des lieux.
Les reflets du soleil sur les petites flaques ont quelque chose de presque poétique. Ca scintille, et on irait presque jusqu’à oublier que c’est cette pluie, que nous haïssons depuis un moment, qui participe à la beauté de l’ensemble. Après tout, j’accepterais qu’il pleuve encore un peu, si ça peut me permettre d’admirer une nouvelle fois ce paysage une fois le soleil dégagé.
Mon imagination vagabonde, et j’ignore absolument où elle va. Peu importe, elle me montre des images, et elle fait germer un million d’histoires dans ma tête pleine de courants d’air. Des flashs, des impressions liées à la musique… Rien de tout cela n’a de chance de donner un récit construit, mais peu importe. Ces toutes petites pousses sont les fleurs minuscules d’instants rares, simples et précieux, qui m’apaisent et me rendent sereine pour les heures à venir. C’est un peu comme si j’avais pris un grand bol d’air au milieu de tout ce stress, toute cette inquiétude et le bon million d’incertitudes qui vont avec. Un million d’histoires pour un million d’incertitudes. Bon sang, je ne vois pas pourquoi je me casse la tête à trouver un remède…
Finalement, peut-être que je n’ai pas vraiment un problème. J’arrive à être simple et détendue parfois. Une image ou un embryon de conte sont les meilleurs amis que je puisse avoir, il me semble. Enfin, je me trompe sans doute. Mon problème, c’est que j’ai beau profiter de l’instant au moment où il se présente, je ne peux pas vivre dans la simplicité. Ce n’est pas triste, ce n’est pas dommage, ce n’est même pas vraiment un problème… C’est comme ça, c’est tout. C’est moi. Curieusement, ça ne m’inquiète plus vraiment. Il faut que je fasse avec, point. Je suis comme ça, c’est dans ma nature, tout ça se fera donc naturellement, je n’en doute pas.
En attendant, je préfère m’abandonner pour le temps qui reste à la caresse du soleil, déjà un peu assombrie. Savourer, jusqu’à la prochaine chanson… ou le prochain nuage.
"Some call love a word,
Some call love a thief,
But she's my home...
And she's as much a part
Of this broken heart
But see, broken bones, they always seem to mend"
[Angus et Julia Stone -- Devil's tears]
calm
contemplative
creative
nostalgic
confused
indescribable
cheerful